25/09/2009

Monsieur Delanoë saisi par la (rue) des Bauches :

crm2009.jpg

Je dois avouer une de mes faiblesses au lecteur, j’adore les comptes-rendus publics de mandat de monsieur Delanoë.

D’abord parce que c’est toujours un grand moment de communication dont toutes les ficelles sont passionnantes à décoder, ensuite parce que ces réunions sont plus révélatrices d’un climat politique parisien réel que toutes les proclamations, déclarations d’intentions et autres professions de foi tonitruantes de l’équipe municipale du seizième,  uniquement destinées à la consommation locale.

La réunion de compte-rendu de mandat de monsieur Delanoë d’hier soir rue des Bauches a répondu à cet égard à toutes mes attentes et au-delà.

Quel était l’objectif politique à atteindre pour monsieur Delanoë ?

Montrer qu’après la houleuse réunion à la Mairie du seizième sur le stade Jean Bouin, d’où madame Hidalgo était sortie confuse et couverte de plaies et de bosses, monsieur Delanoë, Lui, n’hésitait pas affronter et à dompter, seul, cette bourgeoisie étriquée et égoïste, indifférente à la renommée rugbystique de Paris qu’Il incarne charnellement en Sa Personne même.

Disons le clairement, ce résultat a été atteint.

Ce qui est intéressant, donc, n’est pas ce qui a été dit, insipide et parfois mensonger, mais la façon dont ce brillant résultat a été obtenu.

Je vais m’efforcer d’en mettre en évidence les grosses ficelles.

1)     Créer un climat :

La rue des Bauches était littéralement en état de siège, police, gardes du corps, portique de sécurité, vigiles, je n’ai pas vu de tireurs d’élite sur les toits ni de couverture aérienne, mais c’était limite…

Tout ça vous avait un petit côté Santiago du Chili grande époque qui vous mettait tout de suite dans l’ambiance surtout pour parler d’un stade.

2)     Faire la salle :

J’ai bien l’impression que par rapport à la dernière fois, le nombre de place assise avait été restreint et que des groupes compacts de supporters de monsieur Delanoë étaient positionnés sur les deux ailes…comme au rugby…

Beaucoup de gens ont donc assisté debout à ce compte rendu de mandat, ce qui au bout d’une heure a toujours pour effet d’émousser significativement la pugnacité du public.

3)     Endormir le public :

Un compte-rendu de mandat est évidemment un plaidoyer « pro domo », c’est la loi du genre, mais enfin quelqu’un se dévouera t’il pour expliquer à monsieur Delanoë que les électeurs savent faire la différence entre comptabilité publique et tour de magie… ?

Cela nous éviterait d’entendre ce que nous avons entendu hier soir, à savoir que, malgré la crise, la Ville de Paris maintiendra sa politique de logements social, d’aides diverses aux plus défavorisés, sa politique scolaire, sa politique de recrutement de personnels, sa politique d’investissements etc. sans inconvénients majeurs pour les Parisiens.

On a bien entendu parler à un moment donné, de hausse de l’endettement et d’accroissement des impôts, mais de façon si bénigne, si indolore, si socialement justifiée et d’ailleurs annoncée à l’avance avec une grande transparence lors de la dernière campagne municipale que seuls des esprits chagrins pourraient s’en offusquer.

Après un tel conditionnement, l’idée subliminale induite est que s’opposer à un projet pour Jean Bouin d’un Maire aussi admirable relève de la mauvaise foi et de l’égoïsme : comment suspecter un tel gestionnaire de gabegie ?

Bien vu techniquement ça…c’est habile.

4)     Faire de fausses colères pour impressionner les participants :

Lorsqu’on en est arrivé au vif du sujet, à savoir Jean Bouin, les interventions du public ont été de qualité inégale, parfois longues, redondantes, un peu maladroites, mais ont été cependant toujours pertinentes.

Il est aisé dans un tel contexte de trouver un mot dans le discours de ses opposants pour pouvoir rebondir dessus et faire passer ses messages en plaçant ses opposants en position d’infériorité sémantique.

Dans ce cas précis, ce fut le mot « spectateurs », utilisé maladroitement pour désigner l’assistance citoyenne qui permit à monsieur Delanoë de faire passer habilement l’idée qu’il était, Lui, légitime parce qu’Elu de tous les Parisiens et que toute contestation de son action est par nature illégitime, pour ne pas dire anti-démocratique.

La fausse indignation du Maire de Paris était parfaitement bien jouée, chapeau l’artiste !!!

5)     Botter en touche pour les questions gênantes :

Lorsqu’il s’agit de vrais problèmes, comme par exemple le devenir des activités sportives des milliers d’élèves du seizième arrondissement qui seront perturbées par le démarrage des travaux sur Jean Bouin, j’ai admiré la qualité de procrastination du Maire de Paris repassant le problème à ses adjoints, à de « larges concertations », à de « futurs rendez-vous », à un « dialogue citoyen », à une participation future autant qu’hypothétique au conseil de quartier « Auteuil Sud »…etc.

Il n’est pas allé jusqu’à la création d’une commission pour améliorer les « solutions » d’ores et déjà prévues par la Mairie de Paris à ce problème, mais il n’aurait pas fallu beaucoup insister pour qu’il en envisage la création.

La seule chose que j’ai retenu de cet échange, c’est que quoiqu’il arrive les travaux commenceront à la date  prévue…Un point c’est tout… !!!

6)     Refiler la patate chaude aux copains :

J’ai admiré l’habileté politicienne qui consiste, pour le Maire de Paris, à rappeler que la solution hippodrome d’Auteuil qui avait été envisagée pour les scolaires a subi de tels retards dans sa mise en œuvre qu’il a fallu mettre en place des solutions de dépannage, certes imparfaites, mais que ce n’est pas la Mairie de Paris qui est décisionnaire dans ce cas précis et n’est donc pas responsable de la situation.

Enfin, bref, du grand, du très grand art, fait par un communicateur hors pair.

Certes, le fond est désespérant mais la forme est incomparable.

Sur ce,  monsieur Delanoë a tourné les talons ainsi qu’une bonne partie de l’assistance toute étonnée, pour ne pas dire mécontente qu’il ne se soit pas trouvé un seul – un seul !!! – élu de la majorité municipale pour être présent et soutenir ainsi les habitants de l’arrondissement, leurs électeurs.

Les optimistes penseront qu’il s’agissait pour eux de ne pas cautionner par leur présence ce qui allait être dit, les pessimistes penseront qu’il s’agit en fait d’une « opposition de Sa Majesté » et que dans un tel contexte de connivence c’est une chose de s’en prendre à madame Hidalgo, une autre à monsieur Delanoë.

Chacun, selon ses propres critères retiendra l’interprétation qui lui convient.

En tout cas je tiens à rassurer tout le monde, un nom n’a jamais été prononcé : c’est celui de monsieur Guazzini…c’est dire tout l’intérêt de ce compte-rendu de mandat.

 

Jean Marie Saugey

Conseiller de quartier « Muette Nord »

Commentaires

Rude ébauche de style !
Bon decryptage.

Écrit par : Jean | 25/09/2009

Beau travail : Delanoë a été fidèle à lui-même. Le MoDem prépare un communiqué. Si vous acceptez de le publier ici, nous nous permettrons de vous l'adresser.

Écrit par : L'Hérétique | 25/09/2009

Non tous les élus de droite n'avaient pas deserté. David Alphand était là. Mieux vaut le dire.

Écrit par : Anna | 25/09/2009

Le gouvernement doit classer la tribune 1925 du stade Jean Bouin.

Écrit par : Hervé Torchet | 26/09/2009

@ à Anna
Si vous souhaitez être exhaustive, il y avait effectivement des élus présents:
Monsieur Mano et Madame Salmat par exemple.
Monsieur Alphand est (peut être) de droite, mais il ne fait pas partie de la majorité municipale, c'est la raison pour laquelle son nom n'a pas été cité, je suppose.
Ceci posé, et puisqu'on parle de lui, qu'à t-il fait ? qu'a t'il dit ?
"Animula, vagula, blandula"

Écrit par : Rupert | 26/09/2009

@ Rupert ou devrais-je dire Jihème ?
David est le seul élu de droite du 16ème à combattre courageusement Delanoë en Conseil de Paris. Le seul à ne pas se coucher alors que les autres, comme vous l’avez noté, désertent le champ de bataille. Ou étaient Goasguen, Debré et leur clique lors de ce fameux compte rendu ? N’ont-ils de courage que devant leurs idiots de supporters dont vous êtes je présume ?

Écrit par : Anna | 26/09/2009

Dites et pensez ce que vous voulez, ce n'est pas mon problème et je m'en bat l'oeil.
Tenez vous en aux faits s'il vous plait.
Je vous repose la question, ce monsieur Alphand qui effectivement était présent comme mr Mano et mme Salmat qu'a t'il fait? Qu'a t'il dit ?
Et je vous donne la réponse...rien.
Les participants à cette réunion apprécieront qui dit ou pas ce qui s'est passé.
D'ailleurs, dans le public qui peut même reconnaitre physiquement ce monsieur...à part quelques personnes?

Écrit par : Rupert | 26/09/2009

Je précise que Béatrice Lecouturier pour le MoDem était également présente.

Écrit par : L'hérétique | 26/09/2009

Madame Lecouturier est une élue, elle est investie par des électeurs.
Ce n'est plus une personne privée quand elle agit es-qualité.
Devant un tel projet, aussi délirant, aussi nuisible, quand on est un élu, on ne déserte pas, on se tait pas, on prends le risque d'un tacle impitoyable de monsieur Delanoë.
Il en est donc de madame Lecouturier ce qu'il en est de monsieur Alphand, quand on participe à ce genre de réunion et qu'on ne manifeste pas publiquement son opposition le proverbe suivant s'applique:
"Qui ne dit mot, consent".
Madame Lecouturier a encore visiblement des choses à apprendre.
Ceci dit, j'ai noté ici même le communiqué du MODEM, c'est une prise de position encourageante.
C'est vrai d'ailleurs en sens inverse, pour les supporters du projet de monsieur Delanoë, j'y ai vu monsieur Mano et madame Salmat, par contre je n'ai pas vu monsieur Lauret, il était présent ou pas ?

Écrit par : Rupert | 27/09/2009

J'étais effectivement présente à ce compte rendu de mandat. J'ai préféré écouter nos concitoyens et leurs préoccupations plutôt que de rentrer dans des questions politiques.
Notre position Modem sur Jean Bouin est très claire et sera défendue au Conseil de Paris (cf l'article paru sur Paris16 infos)
J'ai encore certainement des choses à apprendre mais pas de leçons à recevoir !
Béatrice Lecouturier
Conseillère Modem du 16ème arrondissement

Écrit par : LECOUTURIER | 27/09/2009

"Qui ne dit mot consent" se contente d'être un proverbe...pas une leçon.
Vous en tirez les conclusions que vous voulez, c'est votre affaire, et vous les denommez à votre convenance c'est votre problème.

Comme vous avez l'air d'aimer les proverbes, en voici un en béarnais...."La bielhe qu'es mouribe e qu'aprénè"...
Monsieur Bayrou vous traduira...

Écrit par : Rupert | 28/09/2009

@ rupert
Puisque vous aimez les proverbes : patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. Il valait mieux écouter le monologue de Bertrand Delanoë et réagir après. Ce qui compte aujourd'hui, c'est d'essayer, tous ensemble de mettre fin à cette farce.
L'UMP, le Nouveau Centre, le MoDem, les Verts, tous sont contre le projet. Les riverains du stade, les habitants de Boulogne qui sont concernés, et sans doute une écrasante majorité d'habitants du 16ème. Un élu PS se rebelle aussi (mais pas contre la reconstruction du stade).
Bertrand Delanoë est isolé avec ses certitudes. Il estime avoir reçu un chèque en blanc de ses 58% d'électeurs.
Qu'on les sonde, donc, pour savoir ce qu'ils en pensent. Et même ainsi, est-il pertinent que les habitants des 10ème et 19ème arrondissements décident à voix égale avec ceux du 16ème ?
Je rappelle d'ailleurs que la position du MoDem, exprimée par Didier Bariani, était qu'il eût été bien plus pertinent de construire un stade dans le nord de la capitale puisqu'il n'y en avait pas, hors le Stade de France, inutilisable pour le grand public et les scolaires...

Écrit par : L'Hérétique | 29/09/2009

Je suis tout à fait d'accord sur le fond de votre billet monsieur l'Hérétique...
Je diverge avec madame Lecouturier sur la forme et non sur le fond.
Madame Lecouturier devrait éviter certaines petites habiletés qui ne me semblent pas être à-propos en la circonstance.
Car ce qui compte, et vous avez raison, c'est de mener ensemble un combat contre cette aberration qu'est le projet "Jean Bouin".
Ne croyez surtout pas que j'en veuille au MODEM de s'être fait berner par ce manipulateur d'exception qu'est monsieur Delanoë.
Je sais bien que c'est difficile à admettre pour quiconque de s'être fait rouler, mais ça arrive à tout le monde.
Mais là, je pense, comme vous, qu'il n'y a pas à faire intervenir des choix politiques, c'est un front uni des habitants du seizième quelque soient leurs couleurs politiques qu'il nous faut opposer à cette folie municipale.
Je vais même aller plus loin, je me doute de ce que pensent certains élus socialistes du seizième, je rends hommage à leur discipline et à leur courage ce sont d'ailleurs des personnes qu'à titre personnel j'ai toujours apprécié.
C'est la raison pour laquelle nous nous retrouveront dans ce combat et probablement dans d'autres car comme vous le soulignez ce n'est jamais une bonne chose qu'un blanc-seing politique...Il y aura d'autres "Jean Bouin" y compris dans le seizième.

Écrit par : Rupert | 29/09/2009

@ Rupert
oh oui, il y a d'autres Jean Bouin qui nous attendent : particulièrement le projet d'extension de Roland Garros et la démolition du stade Georges Hébert. Claude Goasguen assure que ce n'est plus d'actualité, mais je demeure très méfiant.
Et puis il faut conserver un oeil vigilant sur Sainte-Perine, et, hélas, pour le Jardin d'Acclimatation, je crains qu'il ne soit trop tard.
Il faut enfin veiller à ce que la piscine Molitor soit accessible aux scolaires.
Il reste enfin à se défier des travaux de voirie et se méfier des logements dits "sociaux" de la majorité. Visent-ils une réelle mixité sociale ou bien à importer des familles à problèmes pour "punir" les vilains électeurs du 16ème qui ne votent pas assez à gauche ?...

Écrit par : L'hérétique | 29/09/2009

Écrire un commentaire